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Ce qui était un rêve devient une désillusion

Si on revient un peu plus tôt ...

Une française essayait d'avoir l'ambassade française depuis le jeudi 7 afin d'être sûre de pouvoir bien partir. Elle prévenait alors Air Caraibes à l'enregistrement et tentait d'avoir des informations. J'étais à ses côtés et j'entendais tout. 

Moi-même, je savais par Jean-Roger que les manifestations avaient reprises. Des bouchons, du  monde dans les rues ... rien de plus méchant me prévenait-il. Cela fait un an que nous sommes en contact, je sais depuis juillet que les manifestations sont nombreuses. De gros heurts avaient éclaté fin novembre dernier mais le calme était vite revenu.

 

Un peu à l'image des gilets jaunes en France, cela n'empêche pas les touristes de venir à Paris. ça ne m'empêchait pas de partir à Haïti avec ma famille.

 

Au petit déj

Nous faisons connaissance avec des canadiens qui ont été placé ici par leur ambassade quelques jours plus tôt. 

Le jeudi 7 février a donc bel et bien été un tournant dans la vie géopolitique d'Haiti.

Les ambassades en avaient bien conscience.

Ils nous expliquent qu'ils attendaient un peu pour repartir et voir si les choses se calmaient. Il n'en est rien, ils attendent un prochain vol.

 

A ce moment là, nous écoutons et avons l'espoir de prendre la route vers notre hôtel. 

Notre chauffeur de bus d'hier soir vient nous rendre visite. Il est présent depuis hier, nous ne savons pas très bien qui il est et quel rôle il tient dans cette histoire. Mais il est là et n'a aucune information. Il ne sait pas si nous prendrons ou pas la route. 

 


Le téléphone rouge

Les français commencent à avoir des appels de leur tour opérator Boomerang. Il semblerait que nous soyons tous rapatriés en France par un vol à 11h10.

 

Le couperet tombe, la désillusion complète.

Nous appelons l'hôtel pour avoir la responsable Coralia, Sophie. 

Après quelques difficultés, je l'ai au téléphone et confirme que nous sommes rapatriés d'urgence et qu'il ne sera pas possible d'aller à notre hôtel.

 

Nous tentons tous de négocier auprès de notre agence un voyage dans une île voisine (il y en a plusieurs, Rep Dom, Guadeloupe, Martinique, Cuba, Jamaïque). Nous devons attendre ... un mince espoir est là. Le côté vacances serait "sauvé" mais mon projet humanitaire tomberait complètement à l'eau.

 

Un autre chauffeur de bus arrive et me tend une nouvelle fois LE TELPHONE ROUGE. Le Directeur de Coralia m'informe que la guerre civile éclate et que nous devons être dans l'avion de 11h10. Aucune négociation possible, un ton ferme et directif. Si nous souhaitons rester, nous devons écrire et signer une décharge. FIN DU GAME.

Il faut partir. Cependant, personne ne nous accompagne, personne nous guide, personne ne nous explique, nous sommes livrés à nous-mêmes. Ce fameux téléphone rouge est le seul lien avec l'extérieur.

 

In-com-pré-hen-sible. Où est l'ambassade ? N'y a t'il personne ici pour nous expliquer, nous accompagner, nous rassurer ?

A priori, la réponse est NON

 

Nos bagages, nos cadeaux, nos fournitures scolaires

Nous avons nos 15 bagages.

Depuis 1 an la création de cette association me prend mon énergie, mon temps, ma motivation à réaliser ce rêve d'enfant.

 

On me conseille de tout laisser ici à l'hôtel.

J'échange avec Jean-Roger, notre correspondant sur place.

Il ne peut pas venir, il ne peut pas passer les routes bloquées au risque de sa propre vie.

Il me propose de tout laisser à l'hôtel et qu'il viendra tout chercher lorsque les choses se seront calmées. Selon lui, ça ne durera pas longtemps.

 

Je refuse. Je ne souhaite pas que nos 6 mois de travail intensif à tout organiser, à récupérer vos dons, vos participations de tous côtés soient abandonnées ici pour être pillées ou volées. Non, je ne le conçois pas. Ce n'est pas possible.

 

Puis il me propose qu'une amie prenne le relais, il souhaite que je le mettre en relation avec le directeur de l'hôtel mais le bus et la police haïtienne arrivent pour nous emmener à l'aéroport. Nous rechargeons donc nos 15 bagages et partons dans le bus.

 

Tout ce pour quoi je me suis battue, tout ce pour quoi j'ai travaillé dur, tout ce dont je rêvais depuis si longtemps va s'arrêter ici à quelques mètres de l'aéroport. Quelle tristesse ! quelle déconvenue ! Je peine à y croire. Je suis anéantie. Je vois ma famille me regarder tristement, on ne se parle pas, ils comprennent tous mon désarroi, ma déception. Je partage la leur, depuis des mois ils sont à mes côtés pour me soutenir, m'aider, récolter, en parler; organiser, prévoir ... Nous sommes tous déçus. Nous ne reviendrons sûrement jamais, ça s'arrête là à Port au Prince.


Aller à l'aéroport

Le comble de ce voyage est que le conducteur est habillé d'un TShirt jaune. Ce jaune, synonyme de manifestations depuis des mois pour nous.

 

Mauvaise blague ? Ironie du sort ?

 

Un monsieur manque à l'appel, on va à un autre hôtel, on ne saura jamais si ils l'ont trouvé et si il était bien présent. Nous sommes déposés au guichet Air France de l'aéroport vers 11h. Rappelons que le vol est à 11h10 !!! Le personnel ne comprend pas pourquoi nous débarquons ainsi et nous disent "faut dire à votre responsable tour opérateur qu'il faut arriver plus tôt".

Oui mais Monsieur, nous sommes justes parachutés ici, personne ne s'occupe de nous. On nous demande juste de monter dans un avion de 11h10.

 

Ah !             bah oui !!!!

 

Le personnel Air France est très compréhensif, très patient, rassurant, souriant. Bravo à eux ! Un peu d'humain dans cet instant si rapide et incompréhensible. Nous sommes également bien accueillis dans l'avion que nous avons mis très en retard. Les vacanciers de Miami ont été très patients sur leur escale technique. Il est annoncé qu'il n'y aura pas assez de nourriture pour tous et le personnel naviguant propose aux voyageurs de Miami de partager avec nous. Beau moment de partage, le commandant de bord leur a expliqué la situation. Il est vrai que nous avons très peu mangé et bu depuis notre arrivée sur le  sol haïtien.

Le vol, l'attente

Nous arrivons en Guadeloupe à Point à Pitre pour une escale de quelques heures.

Ici, nous sommes en sécurité et c'est dans ce lieu que nous informons notre famille de la situation et vous tous, qui nous suivez sur les réseaux sociaux.

Nous avons vu votre impatience à avoir de nos nouvelles, ne pas comprendre pourquoi les posts étaient absents ...

 

Notre famille a eu bien de la chance, nous avons un vol direct pour Paris. D'autres français passeront avant par la Martinique. Quel périple ! Nous avons bénéficier des quelques places disponibles sur les vols.

 

Nous imaginons que nous serons accueillis par un officiel du Quai d'Orsay à Orly.

Nous l'avons juste imagniné !!! Honteux, nous avons été parachuté dans un avion sans explications, sans suivi personnalisé, sans conseils, sans prise en charge humaine.

 

Ne sommes-nous pas des ressortissants français dont l'Etat français devrait prendre en charge ???

 

Bonne nouvelle ! nous récupérons nos 15 bagages, nos 2 voitures au parking et entrons dans les embouteillages parisiens.

 

Nous avons fait plus de 22 heures d'avion en 2 jours. Nous avons arrêté de compter en fait !

Nous avons décollé le dimanche 10 Février à 10h, nous avons atterri en France le Mardi 12 Février à 8h du mat'.

 

Nous sommes fatigués moralement et physiquement. Je vous passe la détresse qui m'a envahit dans l'avion. Je suis vidée et perdue. Quel est l'avenir de notre association ? 


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Commentaires: 5
  • #1

    HEBERT Danielle (jeudi, 14 février 2019 20:40)

    Après avoir lu le récit de votre voyage infernal et ce sentiment d'avoir été abandonné par les autorités françaises dans un pays en plein soulèvement je comprends très bien ta détresse. Mais Virginie il ne faut pas abandonner ce beau rêve qui te tenait tant à cœur et je suis sûre que lorsque la déception et la fatigue se seront atténuées tu trouveras en toi la force de continuer ce beau combat pour les Élèves de Kay Piat. Je suis sûre que tu peux compter sur toutes les personnes qui t'ont suivi depuis le début de cette belle aventure. N'abandonne pas tu le regrettera par la suite. Je te fais de gros gros bisous ma petite Virginie

  • #2

    christine haquet (jeudi, 14 février 2019 20:53)

    Il ne faut pas abandonner, la situation politique va peut être se débloquer. L' L'éducation de tous ces jeunes enfants est une clé à toute cette violence. Les membres de votre association vous aideront à finaliser cet élan humanitaire. Il est vrai que les gens là bas se battent pour manger, alors ce n'était pas le bon timing. Restez confiante Virginie et fière de votre travail qui n'est pas fini. De tout coeur avec vous.

  • #3

    Dauvin elodie (jeudi, 14 février 2019 21:18)

    Malheureusement dans la vie il y a des embûches tout n’est jamais rose il faut savoir se battre
    Ne pas abandonner pour un passage difficile, vous allez sûrement y retourner et donner du bonheur à tout les enfants qui compte sur vous
    Tout le monde va bien et ça c’est le principal cela aurait pu être pire
    Alors on se reprend , on avance et préparez tranquillement votre futur voyage afin de continuer cette aventure et continue de te battre pour cette jolie association ❤️

  • #4

    Catherine Ozel Laignel (jeudi, 14 février 2019 23:17)

    Je suis vraiment désolé pour vous tous par rapport à cette situation désolante
    J’espère du fond du coeur que vous pourrez aider ces enfants à pouvoir aller à l’école
    Haïti est un pay compliqué
    Espérons que tout s’arrange là-bas

  • #5

    Maryline (samedi, 16 février 2019 09:32)

    Rien n’arrive par hasard .... Virginie nous apprenons de toutes nos expériences meme les plus dures et surtout d’elles ... ne baisse pas les bras cela ne te ressemble pas il faut beaucoup d’energie, d’amour et de patience pour fait ce que tu as fait ! cette énergie est toujours en toi et nous avec toi . Les haïtiens se révoltent ils s’expriment face aux scandales ...on ne peut que les comprendre mais ça ne doit pas mettre un terme à cette belle aventure que tu as commencée il y a quelques temps car les enfants ne doivent pas en faire les frais je t’embrasse